Le paysage routier français est de nouveau sous haute tension. Les récentes mobilisations du monde agricole, bien que portées par des revendications sociales profondes, se traduisent par une paralysie stratégique de nombreux axes de circulation. Pour le secteur du transport de marchandises, ces barrages ne sont pas de simples ralentissements, mais de véritables verrous économiques. Jean-Marc Rivera, délégué général de l’OTRE, exprime une inquiétude croissante pour les entreprises qu'il représente, des structures de toutes tailles qui subissent de plein fouet ces entraves à la mobilité des biens et des personnes.
La situation est d'autant plus critique que le secteur du transport routier traverse déjà une zone de turbulences sans précédent. Les chiffres récents sont alarmants : entre le printemps 2024 et 2025, plus de 3 000 entreprises ont mis la clé sous la porte. Le rythme des défaillances s'est accéléré de manière spectaculaire au cours du deuxième trimestre 2025, avec une moyenne effrayante de dix disparitions de sociétés par jour. Dans ce climat de fragilité extrême, où les marges sont rognées par l'inflation des coûts énergétiques et une baisse globale de la consommation, chaque heure d'immobilisation sur le bitume rapproche un peu plus les PME du transport de la faillite.
Au-delà de l'impact financier, c'est l'aspect humain qui préoccupe les professionnels. Les conducteurs routiers, déjà éprouvés par des conditions météorologiques difficiles ces dernières semaines, doivent désormais gérer le stress des retards et l'incertitude des itinéraires. L'allongement des temps de parcours et l'impossibilité de respecter les temps de repos réglementaires dans des conditions décentes augmentent mécaniquement les risques d'accidents. La fatigue accumulée derrière le volant devient un facteur de dangerosité supplémentaire que les syndicats de transporteurs ne peuvent plus ignorer.
Si la solidarité entre acteurs du monde rural et professionnels de la route a longtemps prévalu, elle atteint aujourd'hui ses limites. L'OTRE rappelle que la détresse d'un secteur, aussi légitime soit-elle, ne doit pas conduire à l'effondrement d'un autre pilier de l'économie nationale. Face à ce qu'elle considère comme une mise en péril de la chaîne logistique française, l'organisation patronale exhorte les manifestants à libérer les voies de circulation. Elle interpelle simultanément les pouvoirs publics pour qu'ils assument leur rôle de garants de la liberté d'aller et venir, assurant ainsi la continuité indispensable des flux de marchandises sur l'ensemble du territoire.