Le secteur du transport routier de marchandises traverse une zone de turbulences sans précédent, pris en étau entre la hausse structurelle des coûts d'exploitation et la baisse des volumes à transporter. Dans ce paysage économique déjà très tendu, l'annonce de nouvelles mesures fiscales locales passe pour une véritable provocation auprès des professionnels du secteur. C'est en Alsace et plus largement dans l'ensemble du Grand Est que la colère monte avec une intensité particulière. Les entreprises de fret, déjà fragilisées par l'explosion des prix du carburant et l'inflation des coûts de maintenance, redoutent de voir leur rentabilité définitivement compromise par de futurs arbitrages régionaux.
Au cœur de la tourmente se trouvent deux projets majeurs prévus pour un déploiement à l'horizon 2027 : le dispositif R-Pass sur le territoire alsacien et l'Écocontribution Poids Lourds à l'échelle de la région. Pensées à l'origine pour financer la transition écologique et l'entretien du réseau routier, ces redevances kilométriques risquent surtout d'asphyxier la trésorerie d'entreprises locales incapables de répercuter ces charges supplémentaires sur leurs clients. En soumettant le trafic routier à une imposition spécifique, les collectivités régionales prennent le risque d'affaiblir un maillon fondamental de l'économie, au moment exact où la santé financière de la profession est la plus précaire.
Pour la Fédération Nationale des Transports Routiers, la coupe est pleine. L'organisation patronale monte au créneau pour exiger le gel immédiat de ces réformes fiscales, dénonçant un décalage flagrant entre les ambitions technocratiques des décideurs politiques et la réalité opérationnelle du terrain. Si rien n'est fait, ces taxes supplémentaires ne manqueront pas d'altérer la compétitivité des transporteurs régionaux face à leurs concurrents des départements ou pays limitrophes. Face à ce qu'elle qualifie de menace pour la pérennité de toute une filière, la FNTR appelle l'ensemble des acteurs de la logistique à se rassembler massivement le 15 octobre prochain devant l'hôtel de région à Strasbourg pour faire entendre leurs revendications et obtenir l'ouverture de véritables négociations.