Le secteur du transport routier de marchandises traverse une crise de rentabilité historique, marquée par des marges au plus bas depuis le début des années 2000. C’est dans ce contexte macroéconomique déjà asphyxiant qu’intervient le rapport parlementaire de Gérard Leseul et Jean-Marie Fiévet. Ce document évalue les leviers de décarbonation de la filière et évoque une piste particulièrement contestée : le durcissement de la fiscalité sur les carburants d'origine renouvelable, notamment le B100 et l’huile végétale hydrogénée (HVO). Pour les professionnels du transport, cette orientation budgétaire s'apparente à un coup de frein brutal porté à une dynamique de transition qui commençait à peine à porter ses fruits sur le terrain.
Les arguments avancés pour justifier une hausse des taxes reposent souvent sur la nécessité de financer les infrastructures de demain, en particulier les réseaux de recharge électrique haute puissance et les stations à hydrogène pour les longues distances. Cependant, cette vision omet la réalité opérationnelle des transporteurs. Actuellement, l'investissement dans des flottes de rechange électriques reste prohibitif pour la majorité des petites et moyennes entreprises, sans compter que le maillage du réseau de bornes pour poids lourds est encore embryonnaire. Dans cette phase transitoire, les énergies alternatives de transition représentent pourtant le levier le plus pragmatique et instantané pour réduire l'empreinte carbone globale sans attendre les mutations structurelles de la décennie à venir.
L'Union des entreprises de transport et de logistique de France (TLF) est immédiatement montée au créneau pour dénoncer une incohérence stratégique majeure. L’organisation patronale rappelle que l'augmentation de la pression fiscale sur des solutions déjà adoptées par les transporteurs va paralyser le renouvellement des flottes, qui subit déjà un ralentissement notable à cause du manque de visibilité économique. Alourdir le coût du B100 ou du HVO pénaliserait les entreprises les plus vertueuses, celles qui ont fait l'effort financier de s'éloigner du diesel fossile standard. Au lieu de stimuler l'adoption de technologies plus propres, une telle mesure risquerait d'allonger la durée de vie des camions thermiques traditionnels les plus polluants.
À l'échelle européenne, le débat sur la taxation de l'énergie et la directive ETD montre pourtant que la fiscalité devrait théoriquement inciter à l'usage de carburants bas carbone plutôt qu'à leur pénalisation. Vouloir taxer davantage les solutions de substitution immédiates au prétexte qu'elles ne sont pas la cible finale de neutralité absolue est un calcul de court terme. Pour le secteur logistique, la décarbonation ne se fera pas par la contrainte fiscale systématique, mais par un accompagnement stable qui sécurise les investissements déjà engagés par les transporteurs dans des alternatives immédiates et viables.